Le vendredi 29 avril, nous avons eu le plaisir de recevoir Martin Zibeau, venu animer un atelier-discussion autour du Demi, monnaie alternative ayant vu le jour autour d’une bière, en Gaspésie.

Une vingtaine de personnes étaient présentes pour discuter avec Martin de la manière dont le Demi avait été mis en circulation et des fondements de cette idée géniale pour certains, marginale pour d’autres, mais aussi révolutionnaire ou alors pas suffisante. Lors de notre premier atelier de cotravail le 24 mars, la question du Demi avait déjà été posé. Certains pour, d’autres contre, la venue de Martin était la bienvenue pour parler de ce sujet.

Sans faire un retour total sur l’atelier, car nous aimerions réinviter Martin s’il est disponible, il est important de revenir au moins sur un point que celui-ci a apporté. Dans le projet de MLC-Québec, nous voulons avoir un organisme qui va mettre en place une monnaie papier réelle, car l’avantage de créer une devise telle que celle-ci est que nous pouvons créer une valeur qui se réinvestirait dans des projets d’initiatives locales à définir. Le désavantage, mais en même temps l’acte révolutionnaire que le Demi a, c’est que tout le monde peut le créer, mais il n’est pas possible d’en faire autre chose. On ne peut pas savoir combien de Demis ont été mis en circulation ni quels sont les commerces qui l’acceptent.

J’étais de ceux qui n’étaient pas forcément favorables au Demi en tant que tel, justement sur le fait que finalement il n’y avait pas de contrôle sur cette monnaie et qu’on ne pouvait pas l’utiliser pour d’autres choses. J’ai posé la question quant à savoir de quelle manière le Demi pouvait servir aux personnes à plus faibles ressources.  La réponse de Martin Zibeau m’a séduit et convaincu.

Pourquoi avoir une monnaie locale? Pourquoi faire le Demi? Encore une fois, on ne le répètera pas assez, mais mettre en place une monnaie locale complémentaire n’est pas une finalité, c’est un outil qui est mis en place afin de favoriser une transformation sociale. En travaillant pour établir une monnaie locale, nous essayons de construire un autre modèle de l’échange, un modèle que la monnaie locale défendrait avec des valeurs éthiques, écologiques, sociales et démocratiques. Que ce soit une monnaie locale complémentaire de biens pour acheter dans des commerces, ou alors de liens en échangeant des heures, proposer de payer en Demi c’est poser une première pierre à un édifice en favorisant l’échange avec l’interlocuteur. « Acceptes tu les Demi? » en posant cette question, les utilisateurs de celui-ci proposent un autre mode d’échange, s’ensuit par la suite obligatoirement un échange positif ou négatif, mais un échange tout de même. D’ailleurs plutôt positif, car Martin dit avoir convaincu 100% de ses interlocuteurs, et je le crois bien aisément!

Coopérative de transition

L’atelier-discussion avec Martin Zibeau a été un 2h enrichissant. Il nous expliquait qu’avec la coopérative de solidarité Horizon gaspésiens, ils et elles viennent de mettre en place un réseau d’échange de service en heure informatisé. Ils et elles ont un lieu autogéré, le Loco Local à Bonaventure, qui s’autofinance par la vente de produits Lemieux simplement gérés par des personnes bénévoles.

Un concept a été mis en avant aussi lors de la soirée, Martin expliquait qu’en Gaspésie, ils essayaient de créer une polyculture économique: utiliser le demi, mettre une monnaie locale, avoir un réseau d’échange de services, favoriser le troc, etc. Ne plus se fier seulement au dollar, mais avoir différents types d’échanges qui peuvent s’adapter à tous selon leurs besoins et moyens.

Laurent Metais