Monnaie Locale Complémentaire à Québec

mouvement citoyen pour l'instauration d'une monnaie locale dans la ville de Québec

Author: Laurent Metais (page 1 of 2)

Conseils pour démarrer un projet de monnaie locale

Bien que nous n’ayons pas encore mis en place le BLÉ à Québec, nous travaillons pour certains maintenant depuis 1 an et demi sur le projet. Il y a de plus en plus de projets qui débutent au Québec, il est intéressant de se partager déjà quelques trucs sur lesquels nous avons travaillé. Il est aussi bon de noter qu’il existe déjà un guide de mise en oeuvre d’une monnaie locale, sur lequel nous nous basons en partie pour notre plan d’action

Différentes initiatives de monnaies locales au Québec nous ont déjà appelé MLC-Québec pour poser des questions. C’est une bonne chose, car le mouvement que nous créons doit servir à tous nous entraider. L’idéal sera d’avoir un réseau des monnaies locales au Québec afin de se partager les ressources matérielles et expériences, mais aussi parce que la réflexion est toujours plus intéressante à plusieurs.monnaie locale complémentaire des billets du monde

1 : Informer

La première chose quand on lance un appel à d’autres pour une monnaie locale, c’est de pouvoir fonder un noyau « fondateur », mais un groupe qui restera quelques mois afin d’être une structure pour les nouveaux membres, mais aussi afin de commencer le travail d’information. Car communiquer, diffuser l’information sur ce qu’est une monnaie locale complémentaire (MLC) et expliquer aux gens ce que cela peut être est le premier point qui devra se faire, même une fois la monnaie mise en place. Beaucoup de méconnaissance autour des MLC  font que ce sujet est parfois mal interprété, suscite la méfiance ou tout simplement n’intéresse pas des personnes qui une fois mises au courant pourrait être intéresser. La sortie du film Demain a permis de toucher un large public qui a fait connaître les MLC.

Une page Facebook et un site internet sont essentiels si vous voulez communiquer votre projet. La page Facebook, car elle est pour beaucoup ce qui va s’afficher sur le mur et tenir au courant, aussi, car ce réseau social est de plus en plus internet pour les gens. Elle servira également à partager l’information des autres à votre communauté. Le site internet quant à lui est votre vitrine officielle, les médias ou toute recherche sur un moteur doivent mener à lui et c’est là où vous renseigner sur ce qu’est une monnaie locale et la vision de votre groupe autour de celle-ci. Il ne faut pas oublier également que tout le monde n’a pas de Facebook il ne faut pas les oublier.

2 : Avoir des rencontres régulières

Qu’il est simple d’oublier et difficile de s’organiser des temps communs ! Le plus simple est de décider des dates fixes, nous nous voyons par exemple le 2 et 4e mardi du mois pour notre part. Est présent qui peut, mais tous nos membres savent que le cercle central se réunit à ces moments-là, que tous les membres sont les bienvenus. Est présent qui peut, mais s’il faut à chaque rencontre refaire un sondage sur les disponibilités, c’est bien compliquer tout le monde ne peut pas en même temps et ceux qui sont absents n’ont pas la parole.

Rob Hopkins, initiateur du mouvement des villes en transition explique aussi également qu’il faut avoir une régularité dans les réunions pour créer une habitude et que même si on est parfois peu c’est important de persister. Il faut laisser les choses aller et si on est que 4 à une réunion, on ne sera que 4, même si des décisions ne se prendront pas, car on peut considérer qu’il faille être plus, si on a pu parler du projet pendant 2h à 4 c’est toujours un plus !

3 : Faire des soirées publiques

Tout le monde n’a pas la réunionite aiguë et ne connait pas forcément les monnaies locales. C’est important de diversifier les rencontres publiques (hors fonctionnement interne du groupe) afin de permettre à des personnes ne connaissant pas la monnaie locale ou n’étant pas si intéressé à venir. Des conférences, des soirées qui soient annexes au sujet des monnaies locales peuvent attirer du monde à s’y intéresser. Il ne faut pas mettre de côté non plus le côté ludique, il ne faut pas toujours être trop sérieux.monnaie locale quebec

Pour l’écriture de la charte de l’utilisation de la monnaie, nous avons fait des soirées de cocréation; c’est-à-dire que c’était des soirées sous forme de réunions interactives ouvertes à tous, mais que nous avions préparé en interne. Ainsi, l’objectif de la réunion et son déroulement permettait aux gens présents d’en apprendre, mais de participer aussi aux décisions.

4 : Mettre l’accent sur l’inclusion

Un projet de monnaie locale peut se faire à 4 dans une cuisine, mais son but est tout de même d’être un projet citoyen qui inclut le plus de personnes possible. C’est une bonne chose d’organiser des soirées d’information publique pour renseigner sur ce que sont les monnaies locales et votre projet. À MLC-Québec nous avons décidé d’en mettre en place, car nous nous sommes rendu compte qu’à vouloir toujours inclure de nouvelles personnes dans nos réunions, c’était les mêmes questions qui revenaient. Alors nous tenons une séance d’information une fois par mois pour le moment qui permet de renseigner sur le sujet et le projet. Après avoir assister à une séance, la personne peut devenir membre de l’organisme et a les mêmes informations sur le projet qu’un membre plus ancien.

Il faut aussi trouver une bonne procédure d’accueil pour transmettre l’information à un nouveau membre. Avoir un cercle de parrainage peut être une piste de solution.

5 : Avoir de bons outils de communication interne

Tout le monde ne peut pas venir aux réunions et si le travail se faisait uniquement à ces moments là, les réunions seraient longues ou ça en prendrait beaucoup plus. Il est important de trouver un moyen de communiquer hors ces réunions. À MLC-Québec nous avons commencé le projet par courriel, pour s’apercevoir que beaucoup d’entre nous croulaient déjà sous les courriels et qu’il était dur de suivre. Nous sommes alors passés à un groupe Facebook, mais certains ne l’avaient pas ce qui n’est pas très inclusif. Puis nous sommes passé à Framateam, une plateforme libre et gratuite qui permet les discussions en groupe à l’intérieur d’une équipe et de définir différents canaux de discussions.

À Monnaie locale complémentaire Québec, nous mettons beaucoup d’importance sur les logiciels libre qui représente le plus nos valeurs, nous avons alors mis en place différents outils pour communiquer entre membres. Une structure est en train de se mettre en place. Cela nécessite quelques connaissances informatiques pour certains points, mais cela renforce la cohésion du groupe.

Pour le site internet nous avons un WordPress, facile d’utilisation et de mise en place.

Nous communiquons actuellement sur Framateam.org, mais entrevoyons prochainement d’installer le logiciel utilisé sur notre serveur.

L’organisme est géré avec le logiciel Dolibarr, open source et beaucoup utilisé par les MLC en France.

Pour la gestion de fichiers, nous utilisons encore maintenant Google Drive, mais nous il y a plusieurs désavantages, entre autres de fonctionner avec Google, nous sommes en train de fonctionner avec un wiki, Tikiwiki qui sera accessible à tout le monde et avec lequel nous pouvons gérer les options d’affichage et de modification selon la catégorie de membre, que vous soyez un simple visiteur du site, un membre de l’organisme ou d’un comité de travail.

Il est important que tous les membres, qu’ils soient à l’aise informatiquement ou pas puissent participer, nous essayons de faire à ce que l’utilisation de chaque outils soit facile et compréhensible. Il faut aussi se rendre compte qu’en faisant de nouveaux outils nous devons créer une nouvelle habitude et ce n’est pas le plus facile.

Monnaie locale complémentaire Québec en est encore à ses tout débuts, mais peu peu nous stabilisons notre assise et le maître mot après 1 an et demi est toujours le même : Informer et inclure. Les projets de monnaies locales nécessitent une plus grande compréhension de la part du public et se doivent de faciliter l’inclusion de toutes nouvelles personnes souhaitant participer à ce projet. C’est pourquoi la communication et la structure (d’accueil, de fonctionnement et informatique) doit être penser pour sur du long terme, mais prendre le plus de cas de figure possible.

Laurent Metais, membre MLC-Québec

Pourquoi utiliser le BLÉ plutôt qu’une carte de crédit?

Actuellement en choisissant d’accepter une carte de crédit ou une carte débit, le commerçant doit payer un montant forfaitaire ou un pourcentage, selon, sur chaque transaction effectuée. C’est autant un manque à gagner pour lui qu’un montant d’argent direct qui sort de la communauté.

Il ne faut jamais perdre de vue que l’argent, n’est avant tout qu’une manière d’échanger des biens et services, c’est un outil permettant d’évaluer la valeur des choses, tout du moins la valeur qu’on leur donne. Dans  notre système la valeur économique que nous donnons aux choses est aussi un indicateur sur l’importance qu’elles peuvent avoir. Ne pas les choisir, c’est aussi une preuve de nos valeurs.

Le BLÉ (Billet Local d’Échange) sera une monnaie utilisée par un réseau de citoyens et de commerçants ayant des valeurs communes que nous souhaitons défendre. Que ce soit d’un point de vue environnemental, social, économique ou démocratique; l’utilisation de cette monnaie sera là pour remettre le tout à une échelle plus humaine, pour qu’écologie et savoir-faire puissent retrouver une raison.

C’est pourquoi utiliser le BLÉ dans les commerces plutôt que la traditionnelle carte de crédit ou même de débit nous semble être un futur acte citoyen.

Ce n’est pas si rare actuellement, dans nos quartiers, de croiser de gens qui n’utilisent pas les cartes pour ces raisons, car ils préfèrent encourager le commerce local en ne leur imposant pas de taxes à la commercialisation. Le BLÉ pourra agir de la même manière tout en étant une plus-value pour la communauté, car l’argent généré et restant dans le réseau pourra être réutilisé directement dans des initiatives locales et communautaires. Certains dans le groupe allant même jusqu’à proposer que l’argent puisse être utilisé comme un revenu de base pour des familles défavorisées.

Utiliser l’argent comptant directement est aussi une manière que l’on se donne de se rendre compte ce que l’on dépense. Il est facile de manière électronique de ne pas voir les différentes sommes passer et additionner. L’utilisation d’un billet papier a aussi été un ralliement des personnes venues aux rencontres, car c’est aussi une manière d’interpeller des citoyens ou commerçants ne connaissant pas le BLÉ de le voir papier et de demander ce que c’est.

Choisir de ne pas utiliser les cartes de crédit bancaire qui impose des montants supplémentaires aux commerçants pour que l’argent reste dans le réseau local est aussi une manière de choisir de ne pas financer  l’évasion fiscale ou d’autres choix non éthique qui nuiraient à l’environnement ou à la justice.

Le crédit, même s’il pourra être défendu pour acquérir des choses sur du long terme, est maintenant trop utilisé pour les biens de consommations quotidiens. Un levier de pression que ne voyons pas tel que cela, qu’il faut réutiliser pour encourager le local.

Laurent Metais

Un an après, retour sur le processus de MLQuébec

Cela fait maintenant un peu plus d’un an que le projet d’une monnaie locale à Québec est né, un peu plus d’un an de réunions, un peu plus d’un an à expliquer ce que peut être une monnaie locale. Où en sommes-nous? Quel est le processus adopté et comment fonctionnons-nous?

C’est le 28 septembre 2015 que s’organisa la première rencontre pour parler de monnaie locale. Le sujet était peu connu encore, le film Demain n’avait pas encore parlé du sujet à Québec, il fallait d’abord l’expliquer.  Pourquoi une monnaie locale? À quoi ça sert? Qui en voudra?

Informer

L’idée première était et est toujours: informer sur ce qu’est une monnaie locale. La deuxième étant de réunir les citoyens en premier lieu et les prestataires une fois le projet plus concret. Partir de zéro, d’une idée, d’un projet et réunir des gens pour qu’ils créent quelque chose ensemble, c’est aussi cela le but de Monnaie locale complémentaire Québec.

La première réunion était au mois de septembre et c’est au mois de janvier que nous avons existé publiquement en faisant le site web et la page Facebook, nous voulions maintenant avoir quiconque était intéressé à participer, nous savions déjà un peu que la monnaie locale ne serait pas des grains de sel, mais pas beaucoup plus. C’est juste que pour réfléchir à un intérêt collectif, il faut être collectif et plus on est, mieux ça fonctionne.

Conférence

mlcquebecUne première soirée a été organisée au mois de février au Tam Tam café, une conférence de Philippe Derudder, une personne ayant parti plusieurs monnaies en France et travaillant depuis 2 ans dans les Laurentides pour en faire partir une. Un succès que nous n’avions escompté, un peu plus d’une centaine de personnes présentes. Cette conférence expliquait surtout ce qu’était une monnaie locale et son fonctionnement, c’est aussi pourquoi une grande partie de la soirée fut pour les questions également.

Cocréation et charte

charte monnaie locale quebecÀ partir de là nous avons commencé à faire différentes soirées toujours dans une perspective d’informer et de communiquer sur la monnaie locale, c’est un sujet qui est peu commun pour le moment en Amérique du Nord et nous avons besoin de renseigner sur le sujet. Suite à la conférence du mois de février, nous avons fait notre première soirée de cocréation. Une soirée de cocréation est une soirée de travail collaboratif sur une thématique. Nous essayons de prendre en compte le fait que ce n’est pas tout le monde qui peut assister à plein de réunions, alors nous souhaitons faire des séances de travail qui auront été préparées en amont pour nous puissions collectivement travailler. La première que nous avons faite au mois de mars s’est continuée par deux autres au courant du printemps et a abouti à la création de notre charte d’utilisation de la monnaie. La première soirée ayant servie à savoir qu’elle serait les thèmes que nous aimerions traité, la deuxième ce que nous aimerions voir à l’intérieur de ces thèmes, puis la dernière en travaillant sur une ébauche de charte.

Ateliers de discussions

Au printemps, nous avons également débuté des ateliers de discussions sur des thématiques précises, qui ne touchaient par forcément directement la monnaie locale, mais qui par le banc pouvait y amener. La première fut avec Martin Zibeau sur le Demi en Gaspésie, cette monnaie où l’on utilise des dollars coupés en deux. Une discussion intéressante sur la valeur que l’on donne aux choses. La deuxième séance fut sur le modèle coopératif avec Myriam Michaud; nous étions dans le processus de créer une entité pour MLC-Québec et nous souhaitions être une coopérative pour le modèle que cela représente, l’organisme appartient à ses membres. C’est suite à cette discussion où nous avons été une trentaine, que nous avons décidé d’être un OBNL pour l’avantage de structure que cela représente, nous pouvions même écrire les règlements généraux afin d’être plus intégrateurs si nous souhaitions (et nous l’avons fait). Il faut voir aussi qu’une coopérative doit vendre quelque chose, un service ou un produit, c’est une entreprise, nous n’avions ni l’un ni l’autre.

Séances d’information

C’est également au printemps que nous avons commencé à faire des séances d’information afin de renseigner à qui le voulait, ce qu’était une monnaie locale, où en était le projet à Québec et inviter à participer. À vouloir être intégrateur, cela peut parfois provoquer la stagnation, nous nous sommes vite aperçus qu’à vouloir trop vite intégrer de nouvelles personnes, nous répétions souvent les mêmes points. Donc en faisant une réunion d’information afin d’intégrer le groupe, nous nous assurons que tout le monde entre avec toutes les informations disponibles dès le départ. Nous en faisons actuellement une par mois, une quinzaine de personnes sont présentes à chaque fois.

Constitution d’un OBNL

C’est officiellement le 11 août 2016 qu’est né l’organisme à but non lucratif: Monnaie locale complémentaire Québec. Sa mission sera de mettre en place une monnaie locale dans la ville de Québec et sa région, mais aussi de faire de l’éducation populaire sur l’échange, la monnaie, et d’encourager les initiatives locales ayant les mêmes valeurs. Nous avons travaillé durant l’été afin d’écrire les objets que nous avons déposés au registraire des entreprises, nous les avons calqués sur la charte que nous écrivions.

Le 8 novembre 2016, ce fut l’assemblée constituante de l’organisme, nous avons pu élire un premier conseil d’administration, mais aussi entériner les règlements généraux que nous écrivions depuis le mois de septembre. Nous pouvons dorénavant officiellement accueillir de nouveaux membres, que ce soit des citoyens ou des prestataires. C’est important pour nous d’avoir du monde, car la construction d’un projet social comme celui-ci ne peut se faire à quelques-uns dans un coin qui soumettront le projet à la collectivité, il faut que celui-ci soit porté par la collectivité pour elle-même, sinon cela n’a pas de sens.

La monnaie s’appellera le BLÉ

monnaie locale quebecAprès un appel à tous sur internet et une soirée au Tam Tam café, nous avons eu une quarantaine de noms proposés pour n’en sélectionner que 5 au terme de la soirée. Suite à celle-ci nous avons fait un vote sur internet durant un mois pour sélectionner le nom de la monnaie locale. Avec environ 500 votes, la monnaie locale de Québec s’appellera le BLÉ: Le Billet Local d’Échange.

Le travail qui nous attend

Nous en sommes encore à l’étape du début: informer et renseigner sur ce qu’est la monnaie locale. C’est un point important afin de fédérer un maximum de personnes et d’entreprises à participer à ce projet collectif. À côté de cela, étant maintenant un organisme officiel, nous avons maintenant la possibilité d’avoir des membres; le but est d’avoir un maximum de membres qui pourront travailler ensemble à construire le projet.

may-13Après les valeurs et les règlements légaux, c’est maintenant dans le technique de la monnaie et le concret de l’organisation que nous avons à travailler.  C’est encore plusieurs mois avant de voir le premier BLÉ imprimé, mais c’est beaucoup d’apprentissage et de moments collectifs en perspective. Une monnaie locale n’est pas seulement un projet économique, c’est également une construction démocratique. Une réappropriation citoyenne d’un outil, d’une manière de fonctionner ensemble. C’est une démarche qui se veut lente, mais qui a cette vitesse nécessaire pour inclure le maximum de monde et comprendre chaque pas que nous faisons.

Laurent Metais, membre de Monnaie locale complémentaire Québec

Une assemblée constituante et un nom pour la monnaie de Québec: Le BLÉ

monnaie locale quebec

C’est au cours de l’assemblée constituante de Monnaie locale complémentaire Québec que le vote du nom de la monnaie que nous utiliserons est tombé; nous utiliserons bientôt le BLÉ, le Billet Local d’Échange!

Un acronyme qui en dit beaucoup! Le blé c’est le signe des savoirs-faires premiers, base de l’alimentation ou tout simplement par son acronyme d’un apport au local. Un billet d’échange local c’est un billet que nous utiliserons pour favoriser nos idéaux par notre de consommation qui sera synonyme par son nom.

Une assemblée constituante c’est le moment où un organisme entérine les règlements généraux qui seront son « code de conduite ». Nous l’avons fait, nous avons entériné notre code de conduite, avec autant de spécificités que possible afin de correspondre à l’idéal démocratique, participatif et non hiérarchique que possible.

Nous avons un conseil d’administration, bien sûr, comme le veut la loi, c’est ce conseil qui est responsable légalement de la marche de l’organisme. Des places pour les citoyens, comme pour les prestataires sont réservées, notre organisme à une volonté de rejoindre tous les acteurs de l’économie qui correspondent à nos valeurs dans la ville de Québec et sa région.

En plus de celui-ci, nous avons également un comité éthique élu par l’assemblée générale par tirage au sort des membres présents. Sa charge sera d’être le garant des valeurs de l’organisme et du respect de la charte d’utilisation de la monnaie. C’est une spécificité inspirée par le Mouvement du revenue de base en France, qui fonctionne également par sociocratie, une recherche d’avoir plusieurs piliers émanent de l’assemblée pour être garant du fonctionnement de l’organisme.

Sans oublier bien sûr les différents comités que nous mettrons en place et qui fonctionneront selon le modèle inspiré de la sociocratie ou holacratie afin d’être un organisme inclusif et non hiérarchique. Le conseil d’administration et le comité d’éthique sont des places importantes, mais nous devons réussir à inclure les membres qui voudront participer et façonner notre structure de manière à que notre mode de fonctionnement puisse permette de prendre les décisions de manière horizontale et non hiérarchique.

Un nouvel organisme est né et est maintenant officiellement créé,  longue vie à lui!

may-13

Laurent Metais

Acheter local, des biens et services plus humains

Alors que la logique marchande fait apparaitre des caisses automatiques dans les supermarchés, nous prônons un retour à une consommation plus écoresponsable et humaine. Les monnaies locales ont fait leurs preuves; fonctionner une zone géographique plus restreinte, permet l’amélioration économique et sociale d’une ville.

Monnaie locale quebec

Utiliser une monnaie locale, c’est faire un choix clair sur sa consommation, c’est refuser que l’économie locale soit aux mains de compagnies, mais c’est aussi choisir un savoir-faire plus traditionnel et à échelle humaine.

Lors de la construction de la monnaie, nous aurons des choix à faire sur la manière d’intégrer les différents acteurs de l’économie. Durant les différentes soirées que nous avons organisées, c’est un peu plus de 200 personnes que nous avons touchées, c’est environs 200 avis différents sur ce qui nous pourrions accepter ou pas. Les mois à venir seront plein de débats intéressants sur l’essor qu’aura la monnaie et comment elle jouera sur l’économie locale de la ville de Québec.

Une monnaie locale, un projet démocratique en soi

Lors de nos réunions d’information nous essayons de mettre l’emphase sur le fait que la monnaie, le moyen utiliser pour s’échanger des biens et services, n’est qu’un outil. Nous n’aurons pas dans quelques semaines une monnaie locale à Québec, c’est un projet qui s’inscrit dans le temps, car son processus de création est tout aussi important que la mise en place de cet outil.

Pourquoi ne pas créer la monnaie tout de suite?

En s’inscrivant dans un processus de création, on fait naitre ardemment le désir de le voir se concrétiser, il est toujours difficile de ne pas brûler les étapes.  Si nous créions la monnaie tout de suite, nous perdrions l’essence même qu’une initiative telle que celle-là peut permettre; un réapprentissage de la pratique démocratique.  Apprendre à prendre le temps de s’écouter et de construire ensemble, une manière de faire que les pouvoirs en place évincent dans leurs pratiques. Reprendre en main l’outil d’échange et le construire à son image, ensemble.

Il ne serait pas juste ni acceptable de faire rapidement une monnaie locale si peu de gens y participent, c’est en faisant participer le plus grand nombre et en informant tout en invitant à participer qu’un projet comme celui-ci peut être légitime.

Informer pour faire participer

Un sujet de monnaie locale peut être mal perçu ou mécompris, c’est à nous de travailler afin de faire connaître la nature du projet et ce qu’il peut en résulter. Désirer un processus démocratique dans la création, c’est aussi apprendre à communiquer et partager l’information afin que chacun puisse se prononcer.

C’est aussi choisir son langage et son vocabulaire afin de se faire comprendre par tous. Selon son milieu ou ses intérêts, les réalités du vocabulaire ne sont pas toujours les mêmes, il faut savoir rendre intelligibles des notions spécifiques.

Apprendre à échanger de nouveau

L’intérêt d’un projet de monnaie locale est bien sûr économique, mais aussi écologique et humain. S’interroger sur la manière dont nous échangeons tous les jours et les coûts que cela peut impliquer dans le tissu social et environnemental est un premier pas vers un nouveau type d’échange.

MLC-Québec mettra peut-être du temps (ou pas ^_-) à mettre concrètement une monnaie locale en place à Québec, mais une chose est sûre; l’espace pour penser à l’échange autrement est lui déjà créer et s’étend petit à petit.

La sociocratie comme mode de fonctionnement

Dans toute initiative citoyenne ou mouvement populaire, il arrive toujours le moment où l’on se demande comment nous allons nous organiser. Les différentes monnaies locales à travers le monde n’échappent pas à cette question; MLC-Québec a choisi de fonctionner selon le modèle sociocratique, fonctionner par le consentement et les cercles d’activités.

Source: http://www.respects.fr

La construction d’une monnaie locale n’est pas une fin en soi, on ne le répètera jamais assez, mais c’est avant tout un outil de transformation sociale. Poser la question de l’échange au quotidien est un des moyens pour pouvoir changer les choses. Une des premières étapes afin d’obtenir un tel changement, c’est de recentrer le citoyen au cœur du processus démocratique.  En 1835 déjà, dans De la démocratique en Amérique,  Alexis de Tocqueville disait (en le paraphrasant) : « le problème de la démocratie représentative, c’est que le citoyen en élisant un député laisse son pouvoir décisionnel et d’intérêt à la chose publique ». Nous sommes encore dans cette logique-là.

C’est pour cela qu’il est important que les futurs utilisateurs de la monnaie locale soient aussi ceux qui prennent les décisions pour sa construction.  

La sociocratie est un fonctionnement démocratique qui se base sur le consentement; Cohabitat Québec s’est construit sous cette forme et l’organisme Craque-Bitume fonctionne sur une formule similaire (bien qu’ils ne s’en réclament pas).

Lorsqu’on parle de fonctionnement par le consentement, c’est que les décisions doivent être prises de manière unanime, les décisions ne sont pas prises par des votes majoritaires ou une minorité sera lésée. Si une personne n’est pas d’accord avec un point, elle se doit de l’exprimer et d’expliquer pourquoi; par la suite il faudra voir comment mettre à bas les oppositions qu’elle peut avoir. Si jamais la personne n’est toujours pas en accord, il faut analyser, pour la continuité du projet, s’il est possible d’avancer et de par la suite, au moment où le point en question gênait, de revenir sur son point.

sociocratie quebec

Source: colibris06.org

C’est un processus plus lent, c’est certain, mais c’est peut-être la vitesse de notre système qui produit ce désintérêt et des décisions à l’encontre du bien commun. Bien qu’utilisé dans beaucoup de mouvement alternatif, c’est un système qui est venu d’une entreprise privée Néerlandaise dans les années 70. Gérard Edenburg avait repris l’usine de son père et avait été sidéré des conflits internes, il avait alors décidé de moins mettre l’accent sur le développement économique et d’améliorer l’organisation, ce qui a eu comme conséquence un meilleur fonctionnement de son entreprise.

Le mouvement des villes en transition met aussi ce mode de gouvernance en avant. La sociocratie va fonctionner normalement selon 4 principes qui peuvent être adoptés ou non par les organisations l’adoptant, ce peut aussi être un cheminement sur le long terme.

Un autre avantage qui revient sur la problématique du début, c’est que tous les rôles sont tournants, ce qui fait qu’il n’y a pas de personne qui prendra plus de place à cause de son rôle, tous le monde pourra (s’il le souhaite) occuper une responsabilité pour le fonctionnement du groupe.

Retour sur l’atelier discussion autour du demi

Le vendredi 29 avril, nous avons eu le plaisir de recevoir Martin Zibeau, venu animer un atelier-discussion autour du Demi, monnaie alternative ayant vu le jour autour d’une bière, en Gaspésie.

Une vingtaine de personnes étaient présentes pour discuter avec Martin de la manière dont le Demi avait été mis en circulation et des fondements de cette idée géniale pour certains, marginale pour d’autres, mais aussi révolutionnaire ou alors pas suffisante. Lors de notre premier atelier de cotravail le 24 mars, la question du Demi avait déjà été posé. Certains pour, d’autres contre, la venue de Martin était la bienvenue pour parler de ce sujet.

Sans faire un retour total sur l’atelier, car nous aimerions réinviter Martin s’il est disponible, il est important de revenir au moins sur un point que celui-ci a apporté. Dans le projet de MLC-Québec, nous voulons avoir un organisme qui va mettre en place une monnaie papier réelle, car l’avantage de créer une devise telle que celle-ci est que nous pouvons créer une valeur qui se réinvestirait dans des projets d’initiatives locales à définir. Le désavantage, mais en même temps l’acte révolutionnaire que le Demi a, c’est que tout le monde peut le créer, mais il n’est pas possible d’en faire autre chose. On ne peut pas savoir combien de Demis ont été mis en circulation ni quels sont les commerces qui l’acceptent.

J’étais de ceux qui n’étaient pas forcément favorables au Demi en tant que tel, justement sur le fait que finalement il n’y avait pas de contrôle sur cette monnaie et qu’on ne pouvait pas l’utiliser pour d’autres choses. J’ai posé la question quant à savoir de quelle manière le Demi pouvait servir aux personnes à plus faibles ressources.  La réponse de Martin Zibeau m’a séduit et convaincu.

Pourquoi avoir une monnaie locale? Pourquoi faire le Demi? Encore une fois, on ne le répètera pas assez, mais mettre en place une monnaie locale complémentaire n’est pas une finalité, c’est un outil qui est mis en place afin de favoriser une transformation sociale. En travaillant pour établir une monnaie locale, nous essayons de construire un autre modèle de l’échange, un modèle que la monnaie locale défendrait avec des valeurs éthiques, écologiques, sociales et démocratiques. Que ce soit une monnaie locale complémentaire de biens pour acheter dans des commerces, ou alors de liens en échangeant des heures, proposer de payer en Demi c’est poser une première pierre à un édifice en favorisant l’échange avec l’interlocuteur. « Acceptes tu les Demi? » en posant cette question, les utilisateurs de celui-ci proposent un autre mode d’échange, s’ensuit par la suite obligatoirement un échange positif ou négatif, mais un échange tout de même. D’ailleurs plutôt positif, car Martin dit avoir convaincu 100% de ses interlocuteurs, et je le crois bien aisément!

Coopérative de transition

L’atelier-discussion avec Martin Zibeau a été un 2h enrichissant. Il nous expliquait qu’avec la coopérative de solidarité Horizon gaspésiens, ils et elles viennent de mettre en place un réseau d’échange de service en heure informatisé. Ils et elles ont un lieu autogéré, le Loco Local à Bonaventure, qui s’autofinance par la vente de produits Lemieux simplement gérés par des personnes bénévoles.

Un concept a été mis en avant aussi lors de la soirée, Martin expliquait qu’en Gaspésie, ils essayaient de créer une polyculture économique: utiliser le demi, mettre une monnaie locale, avoir un réseau d’échange de services, favoriser le troc, etc. Ne plus se fier seulement au dollar, mais avoir différents types d’échanges qui peuvent s’adapter à tous selon leurs besoins et moyens.

Laurent Metais

Pourquoi faire une monnaie locale?

Savez-vous pourquoi nous utilisons l’argent ? Quelle est sa place dans notre quotidien ? Comment reprendre un contrôle local sur notre environnement ?

C’est un pêle-mêle de questions de ce genre qui a fait que le projet de monnaie locale complémentaire à Québec a commencé à entrevoir le jour. Une monnaie, oui, mais finalement pourquoi faire puisqu’une monnaie nationale existe déjà?  Quelle est la valeur de l’échange que nous avons avec les autres lorsque nous sommes dans un acte de consommation ?

Ce n’est pas une réponse, c’est une question permanente que nous souhaitons poser et mettre en place avec un projet de monnaie locale. Que feriez-vous si quelqu’un vous proposait de vous échanger un bien contre un service ?

Beaucoup de questions, mais peu de réponses, car se poser la question de l’échange c’est se poser la question de notre quotidien et de ce que nous en faisons. Lorsqu’un ami vous propose de l’aider, cela nous fait plaisir et nous savons aussi que nous pourrons compter sur lui lorsque nous en aurons besoin, nous avons tissé un lien qui va outre l’échange de services, de la réciprocité.

Lors de la conférence de Philippe Derudder, il nous expliquait que, l’argent, national ou pas, n’était rien de plus qu’une reconnaissance de dette que nous pouvons utiliser pour obtenir un bien ou un service en échangeant cette dette avec quelqu’un d’autre.

Mettre en place une monnaie locale complémentaire à Québec n’est pas en soit une fin, mettre sur pied ce projet est une construction citoyenne et démocratique afin de redonner un autre axe à l’échange de service que nous avons au quotidien.

Il y a plusieurs constats de problématiques dans notre société actuelle, que ce soit: sociale, environnementale, justice, démocratique, etc. Si l’on voulait simplifier, nous pourrions dire que c’est un problème qui tourne en général autour de l’argent et du pouvoir que certains peuvent en tirer. Créer une monnaie citoyenne qui serait régie par ses utilisateurs et prestataires locaux, c’est en même temps vouloir redonner un pouvoir citoyen sur notre environnement.

Saviez-vous que parmi les plus de 4 000 monnaies existantes dans le monde, des études démontrent que l’argent local tourne 20 fois plus que la monnaie national? L’impact ? Un essor économique pour les commerces locaux, une équité sociale qui tend à se balancer, mais aussi un retour à la participation citoyenne sur son environnement.

Proposer et mettre en place une monnaie locale n’est pas une finalité en soit, c’est un outil qui peut permettre un changement sociétal, mais aussi individuel,  le projet n’est pas encore défini, il ne le sera jamais et sera toujours en perpétuel évolution, la place est libre à tous de participer et de venir construire avec nous, ensemble, le projet.

Un chantier social comme celui-ci est aussi une construction démocratique pour se réhabituer avec la prise de décision qui nous impacte dans notre vie de tous les jours; nous vous attendons.

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Laurent Metais

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